Trop petit pour se protéger?
Lorsque Christophe, mon fils, est entré en maternelle, son père et moi avons rencontré la directrice de l’école, l’enseignante, la responsable du service de garde ainsi que d’autres membres du personnel afin de discuter de ses allergies alimentaires. Après avoir insisté sur la gravité des allergies de notre petit nous avons précisé les précautions qui devaient être prises afin de réduire les risques de réactions. Nous avons remis aux divers intervenants des directives écrites à cet effet qui ne laissaient aucune place à l’interprétation (entre autres : « Christophe ne peut manger et boire que les aliments qu’il a apportés de la maison »).
L’erreur est humaine

Dans l’ensemble, le personnel scolaire a relevé avec succès ce défi qui, nous en étions conscients, en était un de taille. Mais un jour, une des éducatrices du service de garde a offert à Christophe un berlingot de lait. Elle ne se souvenait apparemment plus qu’il était sévèrement allergique aux produits laitiers et que, de toute façon, il ne fallait rien lui offrir à manger ni à boire. Heureusement, Christophe, lui, n’avait pas oublié et, du haut de ses 5 ans, il a calmement refusé le berlingot.
L’erreur est humaine. Vous et moi savons bien que les personnes responsables de la garde de notre enfant ne sont pas infaillibles (même si nous ne pouvons nous empêcher de l’espérer!). Pour ma part, l’incident du berlingot de lait (et d’autres incidents similaires qui se sont produits en dehors de l’école) m’a convaincue de l’importance d’impliquer activement mon fils dans la gestion de ses allergies alimentaires et ce, dès son plus jeune âge.
Responsabiliser le jeune enfant allergique
Comment y parvenir concrètement? Il n'y a pas de recette magique mais j'ai tout de même quelques suggestions qui visent particulièrement les jeunes enfants.
Parlez ouvertement et simplement avec votre enfant de ses allergies alimentaires en adaptant votre message à son âge. Expliquez lui les conséquences possibles d’une réaction, sans les dramatiser. Dans le cas d’un jeune enfant, il est généralement suffisant de dire qu’il peut être très malade s’il mange un aliment auquel il est allergique. En revanche, affirmer qu’il risque d’en mourir pourrait être inutilement traumatisant pour lui. Avec le temps, vous pourrez raffiner et étoffer vos explications.Donnez des consignes simples à votre enfant et répétez-les autant de fois que nécessaire (exemples : « Ne mange que les aliments qui viennent de la maison », « Ne partage pas ta nourriture ou tes ustensiles »). Pour aider votre enfant, vous pouvez également faire des jeux de rôles avec lui (exemple : « Supposons qu’un de tes amis t’offre de goûter à son biscuit. Comment réagirais-tu? »).
Aidez votre enfant à identifier l’aliment auquel il est allergique (en lui montrant, par exemple, une photo ou une illustration de celui-ci). Nommer l’allergène ne suffit pas; il faut aussi savoir le reconnaître.Associez votre enfant à tous ces petits gestes essentiels de la vie quotidienne d’une famille dont l’un des membres souffre d’allergies alimentaires : lecture des listes d’ingrédients sur les produits alimentaires, vérifications lors des fêtes pour s’assurer que les mets servis sont sans danger, etc.Cuisinez avec votre enfant. En plus de lui transmettre un héritage culinaire qui lui sera utile toute sa vie, c’est une excellente façon de l’aider à acquérir une attitude positive à l’égard de la nourriture, en dépit de ses allergies alimentaires.Aidez votre enfant à développer une bonne estime de lui. Ce conseil ne vaut pas, bien sûr, que pour les enfants allergiques! Mais disons qu’il est extrêmement pertinent dans leur cas. Refuser un aliment interdit demande une bonne dose d’assurance pour un jeune enfant, particulièrement lorsque celui-ci lui est offert par un adulte. Mais cela s’apprend!Attention toutefois de ne pas en faire trop! Il ne s’agit surtout pas d’écraser votre enfant en lui imposant un fardeau trop lourd pour lui, ni de se décharger sur lui de responsabilités qui vous reviennent comme parents.
Un long voyage
Une organisation américaine, la
Food Allergy Initiative (FAI), a publié sur son site Web un texte rédigé par Brooke, une jeune fille de 16 ans allergique à plusieurs aliments. C’est un
témoignage éclairant et inspirant que je vous invite à lire (il est malheureusement en anglais seulement). Brooke décrit son cheminement dans le monde des allergies alimentaires comme un voyage qu’elle a entrepris avec ses parents lorsqu’elle était toute petite mais qu’elle poursuivra ultimement seule. Elle ajoute que ses parents l’ont aidée à faire entendre sa voix et qu’ils lui ont donné le courage de se défendre.
L’impuissance est un sentiment que plusieurs parents d’enfants ayant des allergies alimentaires ressentent. Et c’est vrai qu’il n’y a rien que nous puissions faire pour éliminer les allergies de nos petits. Mais nous pouvons, à tout le moins, faire en sorte qu’ils soient bien équipés pour ce voyage qu’ils poursuivront éventuellement sans nous.
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: mars 2007
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires, donné plusieurs ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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