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Un handicap invisible

Il y a quelques mois, mon amoureux, mon fils et moi sommes allés au cinéma. Comme souvent, en pareilles circonstances, nous avions apporté notre propre maïs soufflé. Notre fils, en effet, ne peut consommer celui qui est vendu sur place étant donné ses allergies alimentaires. Ce qui n’est certes pas une raison pour le priver (et nous priver par la même occasion) de cette gâterie typiquement associée à l’univers cinématographique!

image-pop-corn-dossier.jpgCe jour-là, donc, bien installés dans nos fauteuils, nous avons extrait d’un sac à dos le maïs soufflé fait maison, encore tiède et enrobé d’un soupçon de margarine (sans produits laitiers!), comme nous l’aimons. Les lumières allaient bientôt s’éteindre et le film promettait d’être réjouissant. Un moment tout simple de bonheur.

Et puis, tout à coup, mon regard a croisé celui d’un spectateur, assis un peu plus loin dans la même rangée que nous. Un regard débordant de mépris. L’individu s’est avancé sur son siège pour regarder, presque avec ostentation, notre petit en-cas puis m’a fixée de nouveau. Il n’a rien dit mais son message n’aurait pu être plus clair : « Comment peut-on être assez radin pour apporter son maïs soufflé au cinéma? ».

Les lumières se sont finalement éteintes. Mes deux hommes, heureusement, n’avaient rien vu du manège du quidam. J’ai plongé la main dans le maïs soufflé. Il n’avait pas le même goût que d’habitude. J’étais triste.

L'essentiel est invisible pour les yeux


J’ai repensé à cet incident lors de la présentation faite par Dr Danielle Taddéo, pédiatre, le 24 mars dernier dans le cadre de la journée d’information de l’Association québécoise des allergies alimentaires. L’excellent exposé du Dr Taddéo portait sur l’impact des maladies chroniques sur les adolescents. Soulignant que les maladies invisibles peuvent parfois entraîner des difficultés émotives plus grandes que lorsque le handicap est apparent, elle a cité, à titre d’exemple, le cas d’une personne souffrant d’un sérieux problème cardiaque lui interdisant tout effort physique. Celle-ci entre dans un ascenseur bondé pour en sortir à l’étage suivant, suscitant ainsi la désapprobation voire même l’exaspération de certains occupants de l’ascenseur qui, ignorant sa condition physique, la juge paresseuse et égocentrique. Appuyée sur des béquilles ou en chaise roulante, cette personne n’aurait certainement pas provoqué des réactions aussi négatives.

Zen…


Les allergies alimentaires ont ce même caractère d’invisibilité qui expose régulièrement ceux et celles qui en souffrent à l'incompréhension et au jugement désapprobateur des tiers ignorants. Je connais un couple qui apporte systématiquement une grande serviette au cinéma (encore le cinéma!) pour en couvrir le fauteuil sur lequel ils installent leur enfant poly allergique et extrêmement sensible. C’est la seule façon d’éviter que le petit ait des réactions cutanées pendant la projection. J’imagine sans peine les regards et les commentaires que cette précaution doit susciter!

Cet aspect des allergies alimentaires peut parfois être difficile à vivre. Il n’y a pas de solutions magiques pour faire face à ces petites agressions, rendues plus douloureuses du fait qu’elles sont dirigées vers nos enfants. Comme vous, sans doute, je prends le temps de sensibiliser et d’éduquer mes proches. Et j’aide mon fils à développer une solide estime de lui afin qu’il soit bien équipé pour réagir à ces désagréments de la vie en société.

Pour le reste, j’essaie de me créer une carapace. J’envisage aussi sérieusement la pratique du yoga et la méditation…

Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: avril 2007


À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires, donné plusieurs ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.


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