Un homme commande des frites dans un casse-croûte. Il est allergique au poisson mais, puisque cet aliment est absent du menu, il ne s’inquiète pas… jusqu’à ce qu’il ressente les premiers symptômes d’une réaction allergique. L’enquête menée par la suite permet de déterminer que deux jours avant l’incident, le responsable du casse-croûte avait fait frire du poisson pour son propre repas et qu’il avait utilisé pour ce faire l’huile habituellement réservée aux frites des clients.
Un père et son jeune fils vont déjeuner au restaurant. Après avoir expliqué à la serveuse que l’enfant est allergique aux produits laitiers, le père commande pour ce dernier une simple tranche de pain grillé en insistant pour qu’on ne mette rien dessus. La tranche de pain déposée peu après dans l’assiette du petit est recouverte d'une substance luisante. Le père questionne la serveuse à ce propos. Celle-ci le rassure: « Oh, ne vous en faites pas! On y a simplement mis un peu de beurre! »
Une mère et son fils sont attablés au restaurant. La mère parcourt le menu puis sélectionne un mets qui semble convenir à la diète du garçon, allergique au blé. Elle questionne ensuite le serveur: « Ce plat contient-il du blé? Il est important que je le sache puisque mon fils y est allergique. » Le serveur assure que le plat ne contient pas de blé. La mère pose de nouvelles questions, plus précises, au serveur et celui-ci répète que l’enfant peut manger le plat sans crainte. Ce n’est qu’à la toute fin de l’échange qu’il précise que « tout ce que le chef ajoute à la sauce, c’est un peu de farine blanche… ».
Impossible de le nier : pour les allergiques, aller au restaurant est une activité à hauts risques comme en témoignent ces trois anecdotes (absolument véridiques) et mes deux textes précédents sur le sujet (Allez-vous au restaurant? et Aller au restaurant: un sport extrême?).
Dans ces conditions, s’abstenir purement et simplement de fréquenter les restaurants est une option, peu réjouissante peut-être, mais fort légitime à mes yeux. Après tout, une sortie au restaurant est censée être une activité agréable, pas une épreuve d’endurance!
Ceci étant dit, un grand nombre de personnes souffrant d’allergies alimentaires vont au restaurant et la plupart s’en tirent, dans l’ensemble, plutôt bien. Éliminer complètement les risques d’une réaction allergique dans un tel contexte est, bien sûr, impossible. Par contre, certaines précautions permettent de réduire ceux-ci de façon significative. Voici donc un petit guide de ce qu’il faut faire (et ne pas faire!) lorsque vous planifiez une sortie au restaurant.
Dans ces restaurants, même s’il y a au menu un plat qui ne contient pas les allergènes, les risques de contamination avec ces derniers demeurent très élevés. Si vous êtes allergique à certains crustacés ou mollusques, vous devriez donc vous abstenir de fréquenter les restaurants où l’on sert surtout des fruits de mer. De la même façon, les restaurants asiatiques ne sont pas un très bon choix si vous êtes allergique aux arachides, aux noix ou aux graines de sésame.
Tout en conservant, bien sûr, votre sens critique!
Surtout, fiez-vous à votre instinct. Si vous avez l’impression que le personnel ne prend pas vos allergies suffisamment au sérieux ou qu’il n’est pas en mesure, pour tout autre motif, de répondre à vos besoins, sortez du restaurant et choisissez-en un autre.
Il y a des avantages évidents à retourner dans un restaurant qui a déjà démontré qu’il pouvait respecter vos restrictions alimentaires.
Téléphonez ou rendez-vous sur place (en dehors des heures de pointe) pour savoir si le restaurant est en mesure de vous servir un repas exempt de vos allergènes. Lorsque vous faites cette démarche, demandez à parler au chef ou au gestionnaire de l’établissement.
Vous pouvez discuter de la situation avec le serveur ou la serveuse mais l’idéal est encore de parler directement au chef ou au gestionnaire.
Le personnel et les gestionnaires du secteur de la restauration n’ont pas toujours une perception juste des allergies alimentaires (pour vous en convaincre, lisez ceci). Il vous faut donc insister sur l’importance d’éviter toute trace des aliments auxquels vous êtes allergique, préciser la gravité de vos allergies et les conséquences possibles d’une réaction. Posez en outre des questions sur les ingrédients utilisés, les huiles servant à la cuisson et les méthodes de préparation.
La rédaction d’une telle carte n’a rien d’obligatoire, bien sûr, mais celle-ci peut s’avérer fort utile. Son but est de s’assurer que l’information pertinente soit bel et bien transmise au chef.
Indiquez sur cette carte les aliments auxquels vous êtes allergique, les mots clés utilisés par les fabricants pour désigner ces allergènes et les ingrédients qui peuvent poser problème (par exemple, la margarine si vous êtes allergique aux produits laitiers puisque la plupart des marques en contiennent). Vous pourriez également y mentionner les précautions à prendre pour éviter la contamination de votre repas, rappeler que certaines huiles ne peuvent être utilisées pour la cuisson (par exemple l’huile d’arachide si vous êtes allergique à cet aliment), etc.
Cette carte est un outil additionnel mais elle ne vous dispense pas d’informer verbalement le personnel du restaurant de vos allergies et de poser les questions nécessaires.
Plus un plat comporte d’ingrédients, plus il y a de risques qu’au moins un d’entre eux soit problématique pour vous.
Celles-ci peuvent en effet contenir divers ingrédients indésirables. Quelques exemples : la sauce Satay contient des arachides, la sauce Worcestershire est faite avec des anchois (poisson), la sauce accompagnant les mets indiens peut contenir des amandes moulues ou de la farine à base d’arachides, les sauces en général peuvent avoir été épaissies avec de la farine de blé, la vinaigrette peut avoir été préparée avec une huile de noix, la salade peut contenir des noix ou des graines, etc.
On trouve des arachides et des noix dans plusieurs desserts même si le nom ou la description du plat ne l’indiquent pas.
Si vous commandez, dans un restaurant, un plat que vous avez déjà consommé sans problème (dans ce restaurant ou dans un autre), ne présumez pas qu’il vous conviendra de nouveau sans poser de questions. La recette peut en effet être différente de même que le mode de préparation.
Le risque zéro n’existe pas, particulièrement au restaurant! Ayez toujours, toujours (toujours!) votre auto-injecteur d'adrénaline sur vous.
Prenez vos médicaments (antihistaminique ou adrénaline) sans attendre, expliquez à votre entourage ce qui vous arrive et demandez qu’on appelle une ambulance si cela est nécessaire. Ne sous-estimez pas la gravité de votre réaction et ne vous isolez pas (par exemple en vous rendant seul(e) aux toilettes).
Vivre avec des allergies alimentaires, c'est faire le deuil de l'improvisation et d'une certaine innocence. C'est particulièrement vrai lorsqu'on fréquente les restaurants. Bon appétit... quand même!
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: juin 2007
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires, donné plusieurs ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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