Je me souviens comme si c’était hier, de la toute première journée d’école de mon fils, allergique à plusieurs aliments. L’avais-je assez préparé cette rentrée scolaire! J’avais fouillé la question à fond en me documentant sérieusement et en consultant divers intervenants du milieu de l’éducation et des parents plus expérimentés que je ne l’étais à l’époque. Les contacts préliminaires avec le personnel scolaire étaient prometteurs et mon petit bonhomme de cinq ans était prêt et enthousiaste. J’étais prête aussi mais peut-être un peu moins enthousiaste…
Cela s’est bien passé, cette année-là et toutes les autres qui ont suivi. Aucune réaction allergique à déplorer même si (et c’était à prévoir), certains ajustements ont dû être apportés au fil des mois.
Dans la plupart des écoles (québécoises, à tout le moins), les directrices et directeurs sont en poste quelques semaines avant le début des classes. C’est donc le temps de communiquer avec la direction de votre école afin de fixer une rencontre avec l’enseignante ou l’enseignant, l’éducatrice ou l’éducateur, la personne responsable du service de garde, l’infirmière scolaire, etc. Le but de cette rencontre est, bien sûr, de discuter des allergies alimentaires (et des autres problèmes de santé, s’il y en a) de votre enfant, des mesures de prévention à prendre et du plan d’urgence en cas de réaction.
J’ai rédigé en 2004 un long texte sur l’école dans lequel j’ai énuméré quelques-unes des questions qui peuvent être soulevées dans le cadre d’une telle réunion. Je vous invite à y jeter un coup d’œil.
Peut-être envisagez-vous de faire une présentation sur les allergies de votre enfant lors de la première assemblée des parents. Vous pensez même peut-être vous rendre en classe pour en discuter avec les autres élèves et obtenir leur collaboration afin que l’environnement de votre petit soit le plus sûr possible.
Certaines écoles permettent ce type d’interventions et je suis la première à comprendre les motivations des parents qui prennent ce genre d’initiatives. À mon avis, cette façon de faire comporte cependant des inconvénients réels.
Selon mon expérience, le fait que le parent de l’enfant allergique s’adresse lui-même aux autres parents (pour leur demander, par exemple, de fournir des collations et des repas sans arachides ni noix) risque de susciter plus d’agressivité que si la politique est présentée par la direction (ou un autre représentant) de l’école. Il s’agit, en quelque sorte, de dépersonnaliser le problème. Certains parents, qui seront réticents à l’idée de faire des adaptations pour vous « rendre service », se soumettront de meilleure grâce à une politique institutionnelle.
En outre, il y a le problème, très concret, de la brutalité à l’école. En voulant protéger votre enfant vous pourriez en faire une cible facile pour le harcèlement. Mary Lewis Allen, coordonnatrice régionale (Québec) de l’Association d'information sur l'allergie et l'asthme (AIAA) a rédigé un excellent texte sur la question dans lequel elle mentionne ce qui suit :
À l'occasion, lorsqu'un parent fait grand cas de l'allergie de son enfant, celui-ci peut se faire harceler surtout s'il semble apeuré ou si les allergies sont perçues comme bizarres. Bien qu'il soit compréhensible que les parents veuillent et aient besoin de réclamer que l'environnement scolaire soit adapté aux besoins de leur enfant, cela peut parfois engendrer des problèmes pour leur enfant s'ils exagèrent; la ligne est souvent mince entre rendre l'environnement d'un enfant sécuritaire et le transformer en cible pour le harcèlement.
Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas de faire des allergies de votre enfant un sujet tabou mais bien de ne pas insister plus que nécessaire sur sa différence.
Par contre, n’acceptez jamais de signer un formulaire exonérant l’école de toute responsabilité si l’adrénaline n’est pas administrée.
Et n’oubliez pas de les remplacer avant la date d’expiration!
C’est absolument, absolument essentiel! Peu importe les dispositions prises, les dérapages sont inévitables (un membre du personnel qui offre un berlingot de lait de vache à un enfant qui y est allergique par exemple). D’où la nécessité que votre enfant puisse identifier les aliments auquel il est allergique de même que les conséquences possibles d’une réaction (il faut toutefois éviter de dramatiser la situation) et qu’il sache comment se protéger et agir en cas d’urgence.
Vous pourriez, par exemple, vous proposer comme bénévole pour accompagner les enfants lors d’une sortie, suggérer de remplacer vous-même les cartons de lait utilisés en classe pour faire du bricolage par des boîtes de jus, etc.
Bonne rentrée!
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: août 2007
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires, donné plusieurs ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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