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Adrénaline: la suite

Dr Daniel Lefrançois, directeur médical national des services préhospitaliers d’urgence au Ministère québécois de la Santé et des Services Sociaux (MSSS) a bien voulu répondre à mes questions sur l’administration de l’adrénaline lors d’une réaction allergique causée par un aliment. Voici la deuxième partie de l’entrevue qu’il m’a accordée (la première partie de cet entretien est publiée sur cette page).

Les enfants et l'auto-injecteur


Q. Dr Lefrançois à partir de quel âge, un enfant allergique devrait-il porter lui-même son auto-injecteur d’adrénaline?

R. Certains enfants de sept ou huit ans sont tellement désemparés et anxieux qu’ils ne sauraient vraiment pas quoi faire avec un auto-injecteur parce qu’on ne leur a pas bien expliqué comment l’utiliser. Il est surprenant de voir tout ce qu’un enfant peut faire lorsqu’on lui montre correctement! Par contre, je n’ai pas d’étude sur le sujet permettant de dire, par exemple, qu’à partir de cinq ou six ans, les enfants font preuve d’une compréhension et de la dextérité nécessaires pour s’administrer l’adrénaline en cas d’urgence.

Voiture ou ambulance?


Q. La consigne habituelle est de se rendre à l’hôpital tout de suite après avoir administré l’adrénaline. Vaut-il mieux le faire par ambulance ou s’y rendre par ses propres moyens?

R. Grande question! Y aller par ses propres moyens, ce n’est pas l’idéal. Nous avons eu plusieurs cas de patients qui ne se sont pas rendus à l’hôpital parce qu’ils sont décédés alors qu’ils étaient au volant de leur véhicule. Si vous perdez conscience en route - n’oubliez pas que vous êtes en position assise – alors que vous êtes en train de conduire, vous devenez un danger pour la sécurité publique.Urgence-2-(200x120).jpg

Q. Mais si quelqu’un d’autre conduit le patient? Le patient sera-t-il mieux reçu à l’hôpital s’il arrive en ambulance? Sera-t-il traité plus rapidement?

R. Non. Quelqu’un qui arrive à l’urgence avec une réaction allergique sévère, c’est généralement dans les premières priorités, c’est à dire qu’il est vu immédiatement, surtout s’il est symptomatique.

Une personne qui a reçu ou s’est administré un EpiPen ou un Twinject va généralement être vue immédiatement, peu importe le moyen par lequel elle est arrivée. Elle sera admise en salle de réanimation ou sera, à tout le moins, évaluée. Parfois, la réaction évolue très positivement parce qu’il ne s’agit pas, en fin de compte, d’une grosse réaction mais on verra tout de suite le patient pour être certain que tout va bien. Donc le patient sera pris en charge par l’infirmière et, généralement, par le médecin à l’arrivée. Pas de file d’attente pour ces gens-là!

Q. Donc, pour déterminer si on devrait appeler une ambulance ou se rendre à l’urgence par ses propres moyens, il faut évaluer la distance jusqu’à l’hôpital, le niveau de nervosité de la personne qui conduira…

R. Le conseil est plutôt l’inverse. À moins d’avoir une indication que vous allez attendre très longtemps une ambulance, je vous dirais : appelez-en une. Dans la plupart des cas considérés comme des affectations de priorité un, le temps de réponse est relativement court, c'est-à-dire moins de 10 minutes. En outre, l’ambulancier a de l’adrénaline et peut en administrer une nouvelle dose. Vous avez donc accès à un traitement immédiat : adrénaline, supports respiratoires, etc. Ce que vous n’avez pas nécessairement dans votre auto! Pour les autres véhicules, vous constituez un danger beaucoup moins grand si vous êtes transporté en ambulance plutôt qu’en voiture. Vous ne devriez prendre la voiture que dans des circonstances très exceptionnelles, dans la mesure où votre sécurité est assurée et que vous êtes à très courte distance de l’hôpital.

Le conseil est vraiment d’appeler les services ambulanciers, d’appeler le 911 et vous allez être en contact avec la Centrale. L’autre aspect qui est positif dans le fait d’appeler le 911, c’est que le préposé à la prise d’appel a un protocole à suivre pour le support à l’administration de l’épinéphrine lors d’une réaction allergique. Il doit poser des questions et assurer une supervision pour aider le patient à s’administrer. Certaines personnes sont, en effet, craintives et veulent attendre l’ambulance avant de prendre le médicament.

Règle de sécurité, je vous dirais : appelez le 911, on ira vous chercher. Exceptionnellement, il peut arriver qu’il n’y ait pas d’ambulance disponible. Ce sera alors à la patiente ou au patient à prendre sa décision. Mais s’il y a une recommandation à faire, c’est d’appeler les services d’urgence.

La responsabilité des services de garde


Q. Une question qui revient encore et encore dans les centres de la petite enfance et les garderies : qu’arrive-t-il si un enfant a une réaction allergique sévère et que cet enfant n’a pas d’auto-injecteur? S’il y a, au service de garde, un autre enfant qui est également allergique et qui, lui, a un auto-injecteur, doit-on prendre l’auto-injecteur de cet enfant pour l’administrer au premier? Et si oui, comment assurer la sécurité du deuxième enfant allergique? Quelle est la responsabilité de la garderie ou du centre de la petite enfance à cet égard?

R. Si on sait qu’il y a des enfants allergiques dans le milieu de garde, je pense que ce n’est pas très responsable de ne pas avoir, à tout le moins, deux doses de médicament à portée de main. Je pense qu’on a une responsabilité quand on opère un service public de ce genre-là. Sachant qu’on est à risque, qu’on a des enfants qui sont allergiques, on a la responsabilité sur le plan éthique d’avoir ce qu’il faut pour faire face à la situation. C’est un peu comme s’il y avait une piscine hors terre dans un milieu de garde sans aucun moyen de protection autour.

Q. Donc ce que vous dites c’est que les garderies et les centres de la petite enfance ont une responsabilité à cet égard indépendamment du fait que le parent n’a pas fourni d’auto-injecteur pour son enfant allergique?

R. Outre le côté purement légal, je vous dirais que je pense qu’on a un problème lorsqu’on est en affaire et que dans ce cadre on offre aux parents de se substituer à eux pour assurer la garde de leurs enfants de façon sécuritaire mais qu’on ne se donne pas les moyens de remplir ce contrat tacite.

Une formation pour administrer l'adrénaline


Q. Votre ministère a récemment annoncé qu’une nouvelle formation pour administrer l’adrénaline à l’aide d’un auto-injecteur lors d’une réaction allergique sévère sera bientôt offerte. Pourriez-vous m’en dire plus?

R. L’objectif de la formation est d’apprendre aux gens à se servir de l’adrénaline auto-injectable (EpiPen ou encore TwinJect). La formation n’a pas été conçue pour les patients ou leurs familles, bien que ces personnes pourraient la suivre. Elle vise les intervenants de première ligne, les secouristes, les intervenants en milieu scolaire, les centres de la petite enfance, les travailleurs forestiers, etc. Des gens qui ne sont pas des professionnels de la santé, qui n’appartiennent pas à un groupe hospitalier ou pré-hospitalier officiel (c’est-à-dire les premiers répondants ou les techniciens ambulanciers). Il s’agit donc d’une formation pour les intervenants communautaires.Dr-Lefrançois-(2).jpg

Q. Donc, même si la formation en question ne vise pas les parents d’enfants souffrant d’allergies alimentaires, ceux-ci pourraient quand même s’y inscrire et en tirer des enseignements utiles?

R. Tout à fait. Mais il faut comprendre que les individus ou les groupes principalement visés, ce sont les secouristes.

Q. Quelle sera la durée de cette formation?

R. Deux à trois heures.

Q. Sera-t-elle donnée dans l’ensemble du Québec?

R. Oui.

Q. À partir de quand?

R. On est en train de mettre la dernière main au programme lui-même. Ensuite, il y aura une période de trois à quatre semaines pour consulter les différents partenaires (le collège des médecins, la table des directeurs médicaux, etc.) et obtenir leur avis définitif sur le document de formation.

Considérant le degré d’avancement de nos travaux, le programme de formation devrait être disponible l’automne prochain, c'est-à-dire vers le mois de novembre 2007.

Q. Avec qui les personnes qui désirent s’inscrire à cette formation ou qui veulent en savoir plus à ce propos devraient-elles communiquer?

R. Cette formation a été développée en collaboration avec divers organismes de secouristes, avec l’Association québécoises des allergies alimentaires (AQAA), la Croix Rouge, la Fondation des maladies du cœur, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), la Patrouille de ski, les sauveteurs nautiques et l’Ambulance Saint-Jean. Toutes ces organisations recevront la formation pour la donner à leur tour de façon à ce qu’elle ait la plus large diffusion possible.

Q. Le ministère ne donnera pas la formation lui-même?

R. Non. Nous nous assurerons que le contenu soit uniformisé et que celui-ci soit accepté. Nous mettrons aussi sur pied un programme visant à former les formateurs.

Q. C’est donc dire que les personnes touchées par les allergies alimentaires devraient s’adresser à l’AQAA pour suivre cette formation?

R. C’est cela. C’est à l’AQAA qu’il reviendra de désigner les individus qui seront dûment formés pour donner la formation.

Notre mission à nous va se terminer avec la formation des formateurs.

Q. Ce qui débutera en novembre, c’est donc la formation des formateurs, n’est-ce pas?

R. Oui.

Q. Donc on peut penser que pour le public en général et les parents d’enfants allergiques en particulier, la formation se donnera après la période des fêtes, n’est-ce pas?

R. Cela me semble réaliste.


Note : Chantal de Montigny, gestionnaire des contenus scientifiques à l’AQAA confirme que la formation préparée par le MSSS sera effectivement offerte à ses membres dès l'hiver 2008. Pour plus de détails à ce propos, je vous invite à communiquer directement avec l'AQAA. Si vous n'êtes pas du Québec et que vous désirez savoir si une formation similaire à celle-ci se donne dans votre pays, je vous suggère d'entrer en contact avec votre association de patients allergiques (AFPRAL, pour la France, ASBL pour la Belgique, etc.)


Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: septembre 2007


La première partie de cette entrevue est publiée sur cette page.


À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.


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