Cette semaine, une équipe télé a envahi mon salon. Un réalisateur, une assistante, deux caméramans, un monteur et un animateur-journaliste sans parler de l’équipement… tout un débarquement! Le motif? La préparation d’une émission consacrée aux allergies alimentaires (la version longue de l’entrevue que j’ai accordée est disponible sur le site Web de l'émission).
Pourquoi je vous raconte cela? Pour essayer de vous impressionner, bien sûr! ;-) Mais aussi parce que lors de l’entrevue, l’animateur m’a posé une question qui m’a vraiment donné à réfléchir.
« Si vous étiez ministre de la santé, m’a-t-il demandé, que feriez-vous pour améliorer la situation des personnes allergiques et de leur entourage? »
J’ai répondu du mieux que j’ai pu en suggérant quelques-unes des mesures qui me venaient immédiatement à l’esprit. Et puis, l’entrevue terminée, cette question a continué de me hanter.
À l’heure actuelle, il n’y a rien que vous, moi ou le ministre de la santé puissions faire pour enrayer les allergies alimentaires (sauf, peut-être, créer un fonds pour intensifier les recherches en cette matière). Par contre, un certain nombre d’initiatives pourraient grandement faciliter la gestion de ces allergies et améliorer de ce fait la qualité de vie de ceux et celles qui en souffrent.
Des exemples? En voici quatre.
1. Développer une politique applicable à l’ensemble du réseau scolaire
Si je disposais des pouvoirs du ministre provincial de la santé, je ferais équipe avec ma collègue de l’éducation afin de mettre en place une politique globale en matière d’anaphylaxie, applicable à l’ensemble des écoles primaires et secondaires de la province.
Au Québec, la gestion des allergies alimentaires dans les établissements scolaires primaires et secondaires est décentralisée. Ce sont les commissions scolaires, de concert avec les centres de santé et de services sociaux, qui élaborent les protocoles d’intervention applicables dans les écoles de leurs territoires. Le système ne fonctionne pas mal dans l’ensemble mais, étant donné l’importance de l’enjeu, ce manque de cohérence dans l’ensemble du réseau est dénoncé par un nombre grandissant de parents d’enfants allergiques. L’adoption d’une politique globale aurait l’avantage d’envoyer un message clair et cohérent à tous les intervenants du réseau scolaire du territoire couvert ainsi qu’à la population en général. Elle fournirait en outre aux parents d’enfants allergiques un levier pour éviter certains dérapages et allègerait un peu leur tâche.
2. Lancer une campagne de sensibilisation
Chaque jour, des personnes aux prises avec des allergies alimentaires sont confrontées à l’incompréhension voire à l’hostilité de leur entourage. En fait, pour un très grand nombre de parents d’enfants allergiques, il n’y a pas de plus grand stress que celui lié aux batailles incessantes qu’il leur faut mener auprès des membres de leurs familles, des amis, des intervenants scolaires ou du service de garde (pour ne nommer que ceux-là).
Une campagne de sensibilisation efficace visant à mieux faire connaître le mécanisme de l’allergie alimentaire de même que la réalité des personnes qui en souffrent contribuerait certainement à faire changer les perceptions du grand public à cet égard.
3. Simplifier l’étiquetage des allergènes
Si j’étais ministre fédéral de la santé, je ferais en sorte que les modifications au Règlement sur les aliments et drogues qui visent à rendre plus clair l’étiquetage des allergènes (en obligeant notamment les fabricants à désigner les principaux allergènes par leur nom commun) soient enfin adoptées.
Ces modifications ont été annoncées il y a plus de sept ans par Santé Canada et, depuis, le dossier traîne. Inacceptable!
4. Intégrer aux programmes de Cuisine d'établissement et de Pâtisserie dispensés par les centres de formation professionnelle un module sur les allergies alimentaires
J’ai déjà souligné, dans un autre texte, que la formation dispensée en cette matière dans les milieux de la restauration est inadéquate. Il est essentiel, à mon avis, que tous ceux et celles qui reçoivent un diplôme en cuisine d’établissement ou en pâtisserie aient complété un module consacré aux allergies alimentaires.
Ceci ne relève pas à proprement parler du Ministre de la santé, mais il lui serait certainement possible d’entreprendre une action commune avec son collègue de l’éducation en ce sens.
D’autres mesures pourraient certainement être mises en place pour faciliter la vie des personnes aux prises avec des allergies alimentaires, que ce soit au Québec ou ailleurs. Ainsi, je me doute bien qu’en Europe, les défis ne sont pas tout à fait les mêmes qu’ici.
Je vous pose donc, à mon tour, la question : que feriez-vous pour améliorer le quotidien des personnes allergiques si vous en aviez le pouvoir?
Qui sait? Le ministre de la santé lira peut-être votre commentaire…
Un gros merci à toutes celles qui se sont prêtées au jeu en publiant leurs réflexions à la suite de ce texte (cliquez sur le mot Commentaires au bas de cette page pour les lire) ou en m'envoyant un courriel. Cette initiative a même inspiré la présidente de l'Association française pour la prévention des allergies (AFPRAL), Valérie Després, qui a, à son tour, incité les membres du forum de l'AFPRAL à faire le même exercice pour la France.
Alors, c'est décidé, je vais compiler les suggestions reçues et les soumettre, pour vrai, au ministre québécois de la santé. Je vous tiens au courant!
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: février - mars 2008
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et, surtout, mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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