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L’histoire de Myrianne

Découvrir, à l'âge adulte, qu'on souffre d'allergies alimentaires multiples entraîne des bouleversements qu'il est difficile d'imaginer lorsqu'on n'a pas été confronté à cette réalité. C'est ce qu'a vécu Myrianne à 24 ans. Voici son histoire.

J’ai commencé très jeune à développer des allergies environnementales (pollen, poussière et pissenlit), en plus de faire de l’eczéma. À l’âge de huit ans, il m’a fallu faire le deuil de ma belle chambre à cause des tapis. Poussière oblige! Je ne pouvais alors imaginer ce qui allait m’arriver une quinzaine d’années plus tard.

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Premières alertes

À l’âge adulte, j’ai commencé à éprouver certaines difficultés avec les pommes, les carottes et le céleri. J’avais des indigestions seulement quand je consommais ces aliments crus et cela ne m’inquiétait pas

Au début de la vingtaine, j’ai eu une période végétarienne et mangeais souvent du soya. Lors d’une présentation dans le cadre d’un cours sur l’alimentation, j’ai fait goûter à la classe une boisson à base de soya. En moins de trente minutes, je me suis mise à tousser énormément. Il m’a fallu sortir de la classe et boire de l’eau. Ce fut la fin de mon végétarisme. Cependant, je ne me préoccupais pas de la composition des produits alimentaires que je consommais et continuais à manger du soya sans vraiment m’en rendre compte. J’ai ainsi subi plusieurs réactions allergiques sans en reconnaître les symptômes.

Le diagnostic

Deux ans plus tard, après avoir mangé une tartine de beurre d’arachide extra bananes, j’ai éprouvé une sensation étrange au niveau de la gorge. Celle-ci s’étant résorbée assez rapidement, je n’en ai pas parlé à mon conjoint. Le lendemain, lorsque j’ai attaqué mon bol de céréales avec appétit, la même sensation est réapparue. J’ai averti mon conjoint et j’ai attendu patiemment que l’enflure disparaisse.

J’ai eu un premier rendez-vous avec l’allergologue la semaine suivante. Dans l’intervalle, j’avais consulté un médecin généraliste qui m’avait prescrit de l’épinéphrine (Epipen ou Twinject) tout en m’interdisant de manger quoi que ce soit contenant des arachides et des noix, jusqu’à avis contraire. Je savais que l’allergie aux arachides et aux noix pouvait être mortelle. J’ai commencé à être réellement anxieuse.

L’attente, avant d’obtenir les résultats des tests sanguins et cutanés, a été longue : deux mois. Et puis, finalement, en mai 2005, le diagnostic : j’étais allergique aux arachides, aux amandes, au soya, aux carottes, aux pommes, au céleri et aux bananes.

La plus grosse erreur de ma vie

Je faisais attention à ce que je mangeais… jusqu’à un certain point.

À la garderie où je travaillais, le cuisinier me préparait parfois un plat spécial lorsqu’il y avait du soya ou des crudités au menu. Je mangeais au restaurant sans m’informer de la composition des plats. Je n’avais pas de réactions allergiques et me sentais en confiance. Je croyais encore, à cette époque, que je pouvais tolérer les traces des aliments auxquels j’étais allergique de même que la lécithine, la farine et l’huile à base de soya, peu importe la quantité.

Pointe-gateau-chocolat-(195.jpgJusqu’au jour où…

En septembre 2006, j’ai commis la plus grosse erreur de ma vie. Je me trouvais dans un restaurant végétarien, en compagnie de mon conjoint. Je n’avais pas commandé de plat principal, sachant que tous ceux qui étaient au menu contenaient du soya. De toute manière, j’avais déjà mangé. Je m’étais donc contentée d’une part de gâteau (au chocolat, évidemment!) croyant que celui-ci ne contiendrait qu’une petite quantité de farine de soya.

Environ quinze minutes après avoir mangé, j’ai quitté seule le restaurant pour me rendre au cinéma. Alors que je m’apprêtais à payer mon billet, j’ai tout à coup eu l’impression qu’une aiguille transperçait ma langue. Ma gorge s’est mise à enfler. J’ai tout de suite pris un anti-histaminique. La sensation à la langue s’est estompée, mais ma gorge est demeurée enflée.

Je suis revenue vers le restaurant. J’ai vu mon conjoint en sortir puis s’éloigner pour retourner travailler. Je me suis mise à courir pour le rejoindre. J’avais de la difficulté à respirer, à parler et à avaler. C’était la première fois que je subissais une aussi grosse réaction. C’était aussi la première réaction à laquelle mon conjoint assistait.

Affolés tous les deux, nous sommes retournés au restaurant. Nous avons demandé qu’on appelle Info-Santé, mais personne ne connaissait le numéro de téléphone. J’ai dit à mon conjoint que j’allais utiliser mon auto-injecteur d’adrénaline car j’avais peur de mourir. Il fallait aussi appeler l’ambulance. Après l'injection, je me suis allongée par terre, les jambes surélevées et appuyées sur une chaise. L’enflure diminuait peu à peu sans disparaître complètement. Je tremblais, j’avais le goût de vomir et mon cœur battait à tout rompre.

Les ambulanciers sont arrivés et nous ont rassurés, mon conjoint et moi. On m'a conduite à l’urgence où je suis demeurée sous observation pendant quatre heures. Mon conjoint était à mes côtés. Il espérait que je survive. Moi, je ne faisais rien d’autre que dormir. Sur ma cuisse, il y avait la marque de la piqûre et un gros hématome. C’était douloureux. Je souhaitais simplement que cela disparaisse.

Lorsque j’ai quitté l’hôpital, ma cuisse ne me faisait plus mal et je me portais mieux. Il faisait noir dehors : il devait être environ vingt heures trente. Nous avons pris la direction de la maison. Je n’avais pas envie de manger, mais je l’ai fait tout de même, à contrecœur.

Le déclic

Le lendemain, j’ai relaté l’incident à mes collègues de travail. Elles m’ont affirmé que j’avais eu de la chance de m’en tirer à si bon compte. À ce moment, c’est comme s’il y avait eu un déclic en moi et j’ai fondu en larmes. J’ai demandé à ma patronne l’autorisation de retourner à la maison afin de me reposer.

Depuis, je fais vraiment attention à tout ce que je mange. Je prépare moi-même mes repas et lis les listes d'ingrédients des produits préemballés que j’achète (céréales, sauces, etc.). Je me suis renseignée au sujet des allergies. J’ai acheté des livres de recettes spécialisés, j’ai suivi des formations sur le sujet et j’ai sensibilisé ma famille. Je ne fréquente plus les restaurants. Si je mange à l’extérieur, j’apporte mon repas.

Avec le temps, j’ai développé d’autres allergies : prunes, poires, abricots et haricots verts. Et j’ai dû bannir toutes les légumineuses, étant allergique à trois aliments de cette famille.

Je me sens parfois jugée et incomprise à cause de mes allergies. Tous ne saisissent pas les exigences de ce type de régime.

Mais moi, je sais maintenant que je n’ai plus droit à l’erreur.


Auteure: Myrianne L.
Date: avril 2008


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