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Inscririez-vous votre enfant allergique à ce camp?

Pour l'enfant qui souffre d'allergies alimentaires, le chemin qui mène au camp de vacances est parfois très cahoteux. Jugez par vous-même.

La semaine dernière, Christophe, mon fils, devait passer trois jours en classe nature avec les élèves de troisième et de quatrième années de son école.

ecoliers-autobus-(280x165).jpgDeux semaines avant le départ, mon amoureux a tenté de joindre le directeur du camp, par voie téléphonique puis par courrier électronique. Il voulait s’entretenir avec lui des repas servis aux enfants durant leur séjour, des collations prévues, de la sécurité. La routine habituelle pour les parents d’un enfant souffrant d’allergies alimentaires!

Il y a quelqu'un?

Le directeur était en congé et personne d’autre, apparemment, ne pouvait répondre à nos questions.

La semaine suivante, j’ai donc pris la relève. Il n’était pas possible de joindre le directeur directement sur le site du camp, la ligne téléphonique n’ayant pas encore été branchée. J’ai donc communiqué avec le bureau chef, situé en ville. On m’a promis que le directeur me rappellerait rapidement.

On m’a, de fait, rappelée. Ce n’était pas le directeur du camp mais la cuisinière. Moins d’une semaine avant le début de la classe nature, elle ignorait encore le menu qui allait être servi aux élèves. Elle m’a expliqué qu’elle s’occuperait dudit menu le lendemain et m’en enverrait une copie le surlendemain. J’étais étonnée devant pareille improvisation et ennuyée aussi puisque cela nous laissait bien peu de temps pour préparer des repas similaires pour notre fils.

La question de la sécurité n’ayant toujours pas été abordée, j’ai demandé, de nouveau, à parler au directeur du camp. La cuisinière m’a assuré qu’elle lui transmettrait mon message. Elle a tenu parole. Le directeur m’a téléphoné un peu plus tard. Enfin!

Pas de problème!

Après avoir survolé de nouveau la question des repas et des collations (sans en apprendre plus), j’ai interrogé mon interlocuteur sur les mesures prises pour assurer la sécurité des enfants allergiques. Et c’est là que mon étonnement a fait place à la stupéfaction.

Le directeur a confirmé que les moniteurs et monitrices du camp avaient suivi une formation en secourisme. Il ignorait toutefois le contenu de la formation en question.

« A-t-on expliqué aux employés le maniement de l’auto-injecteur d’adrénaline? ai-je demandé. Et leur a-t-on précisé ce qu’il faut faire en cas de réaction allergique?

- Je n’en suis pas certain m’a-t-il dit.

- Avez-vous l’intention de faire suivre à vos moniteurs et monitrices une formation de ce genre avant l’arrivée des élèves?

- Écoutez, nous sommes en début de saison. Une infirmière viendra certainement donner une telle formation mais cela ne sera pas possible avant le début de la classe nature. »

QUOI?

En d'autres termes, l’adulte responsable du groupe de mon fils pendant les excursions en forêt pourrait fort bien ne pas être en mesure d’administrer l’auto-injecteur d’adrénaline en cas de besoin! Pour le directeur du camp, ceci n'était pas, en soi, un problème, les enfants n'étant pas autorisés à manger lors de ces sorties.

QUOI??

En admettant même que cette consigne soit respectée à la lettre, il n’en demeure pas moins qu’une réaction peut débuter des heures après la consommation de l’allergène. Un enfant à qui un allergologue a prescrit un auto-injecteur doit toujours avoir celui-ci à portée de main et il doit toujours y avoir un adulte à proximité qui sache s’en servir. Il s’agit-là de précautions élémentaires, qu’il est d’autant plus important de prendre lorsque l’enfant allergique se trouve dans un endroit isolé, situé assez loin des secours en cas de drame.

J’ai mentionné au directeur tout ce qui précède et lui ai fait part de mon ébahissement devant son incapacité à saisir les besoins vitaux d’un enfant aux prises avec des allergies alimentaires sévères.

Il m’a alors proposé deux solutions : soit l’école désigne un adulte (sachant administrer l’auto-injecteur) pour accompagner mon fils durant les excursions, soit mon fils reste sur le site principal du camp et ne participe pas aux sorties du groupe en forêt.

QUOI???

Est-il acceptable qu’un camp de vacances se décharge aussi cavalièrement de sa responsabilité à l’égard de la sécurité de ceux qui, parmi ses campeurs, souffrent d’allergies alimentaires? Et que penser de l’option qui consiste à mettre à part l’enfant allergique?

Exercice de relations publiques

Depuis le début de la conversation, j’avais senti, chez mon interlocuteur, un certain agacement. Au fil de nos échanges, cet agacement est devenu de plus en plus évident. De mon côté, à ce stade de la discussion, j’étais presque sans voix devant autant de nonchalance, d’insensibilité et, oui, d’amateurisme.

Tout de suite après cet appel, j’ai joint la directrice de l’école à qui j’ai relaté cette conversation. Profondément surprise, elle a, à son tour, contacté le directeur du camp, après avoir logé un appel préalable au siège social.

Je me doutais qu’en impliquant l’école, le discours allait changer. Et cela n’a pas manqué.

On a expliqué à la directrice que le personnel du camp avait l’habitude de recevoir des enfants allergiques et pouvait les accueillir de façon adéquate. La désorganisation constatée s’expliquait par le fait qu’on était en tout début de saison. Le directeur du camp aurait certainement pu mieux répondre à mes questions mais il avait été surpris par leur caractère « très spécifique ». En fait, il avait présumé que j’étais un de ces parents à la recherche d'une excuse pour ne pas envoyer son enfant au camp. Quant à la formation sur l’auto-injecteur, il avait changé d'avis et allait faire en sorte qu'elle soit donnée avant le début de la classe nature.

Pour mon amoureux, comme pour moi, tout ceci ressemblait trop à un exercice un peu désespéré de relations publiques. Le lien de confiance était rompu. Nous avons envisagé plusieurs possibilités, l’une d’elle étant que mon amoureux accompagne la classe comme parent bénévole. Nous avons discuté de ces diverses options avec notre fils et c’est lui qui a finalement pris la décision de ne pas aller au camp.

La morale de cette histoire

De cette expérience désagréable, j’ai tiré trois constats :

1. Il ne faut rien tenir pour acquis

Le camp auquel je fais allusion dans ce texte (non, je ne le nommerai pas) est reconnu et existe depuis plusieurs décennies. Il recrute sa clientèle parmi les 4 à 18 ans, un groupe particulièrement touché par les allergies alimentaires. On pourrait croire que son personnel sait comment gérer les allergies des jeunes qui le fréquentent. Visiblement, on aurait tort!

Pour nous, parents d’enfants ayant des allergies alimentaires, ceci signifie qu’il faut bien faire nos devoirs et poser toutes les « questions spécifiques » nécessaires aux responsables du camp. Je réalise maintenant que nous aurions dû procéder à des vérifications dès l’annonce, en septembre dernier, de la tenue d’une classe nature puis assurer un suivi quelques semaines avant le début du camp. Je peux vous garantir que c’est ce que nous ferons l’an prochain!

2. Les parents d’enfants allergiques représentent une cible facile

Surprotecteurs, hystériques, emmerdeurs… nombreux sont les parents (les mères surtout!) d’enfants souffrant d’allergies alimentaires qui ont été ainsi étiquetés à un moment ou à un autre (j’ai d’ailleurs déjà abordé cette question dans mon texte Un handicap invisible).

Ainsi, le directeur du camp, de son propre aveu, a présumé que j’étais une mère poule qui, au fond, ne voulait pas que son fils aille au camp. Pourtant, rien, dans mon discours, ne lui permettait d’en arriver à une telle conclusion. Au contraire! En fait, avant de lui parler, l’idée que mon fils ne soit pas du voyage n’avait tout simplement pas traversé mon esprit. Pour cause : Christophe n’a jamais raté d'activités scolaires (déjeuner en classe, souper spaghetti, nuit à l’école, soirées dansantes, pique-nique de fin d’année, sorties culturelles, classes nature, etc.) en raison de ses allergies. Jamais... jusqu'à la semaine dernière, bien sûr.

Rien, non plus, ne justifiait l’agacement mal dissimulé du directeur du camp à mon endroit. Mes préoccupations étaient on ne peut plus légitimes et mes exigences éminemment raisonnables. Je ne demandais même pas au personnel du camp de préparer les repas de mon fils mais simplement d’être en mesure de réagir adéquatement en cas d’urgence médicale. Pour la surprotection, on repassera!

3. L’appui du conjoint fait toute la différence

Mon amoureux a beaucoup fréquenté les camps de vacances à une certaine époque (comme campeur d’abord puis comme moniteur). C’est donc un milieu qu’il connaît de l'intérieur et l’évidente désorganisation du camp en question le préoccupait grandement. À vrai dire, cette situation l'inquiétait encore plus que moi.

Nous étions donc sur la même longueur d’onde et avons fait front commun. Les choses sont tellement plus simples lorsqu’on n’a pas, en plus du reste, à livrer bataille à la maison!

Maintenir le cap

Que mon fils ait été privé de classe nature cette année m'attriste et me désole. Plus apparemment que mon petit bonhomme qui a, pour sa part, accepté la situation avec beaucoup de philosophie. Tant mieux!

Je vais faire comme lui et passer à autre chose. Parfois, j'aimerais seulement que tout cela soit un peu plus facile...


Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: mai 2008


À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.


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