La rentrée scolaire représente habituellement une étape marquante pour l’enfant et ses parents. C’est aussi un événement qu'il faut préparer soigneusement, surtout lorsque l’enfant a une ou plusieurs allergies alimentaires.
Le compte à rebours a commencé. Votre enfant, qui souffre d’allergies alimentaires, entamera bientôt une nouvelle (peut-être même est-ce sa première?) année scolaire.
Comment vous sentez-vous?
Je dois vous avouer qu'il y cinq ans, lorsque mon fils est entré à la maternelle, je n'en menais pas large. Et pourtant! L’avais-je assez préparé cette rentrée scolaire!
J’avais fouillé la question à fond en me documentant sérieusement et en consultant divers intervenants du milieu de l’éducation et des parents plus expérimentés que je ne l’étais à l’époque. Les contacts préliminaires avec le personnel scolaire étaient prometteurs et mon petit bonhomme était prêt et enthousiaste. J’étais prête aussi mais beaucoup moins enthousiaste…
Cela s’est bien passé, cette année-là et toutes les autres qui ont suivi. Aucune réaction allergique à déplorer même si (et c’était à prévoir), certains ajustements ont dû être apportés avec le temps.
Un appel téléphonique préliminaire à l’infirmière scolaire ou à la direction de l’école devrait vous permettre de savoir si l’école a déjà adopté un protocole d’intervention prévoyant des mesures préventives et un plan d’urgence en cas de réaction allergique. Toutefois, même s’il existe un tel protocole et que les modalités de celui-ci vous conviennent, une rencontre avec les intervenants concernés pour discuter de l’application de ce protocole au cas particulier de votre enfant s’impose. Transmettre simplement la liste des allergies de votre enfant à la secrétaire de l'école ne suffit pas!
Voyez avec la directrice ou le directeur de l’école quelle est la meilleure façon de procéder : une réunion unique, avant le début de l’année scolaire, avec toutes les personnes intéressées (directrice ou directeur de l’école, enseignante ou enseignant, éducatrice ou éducateur, personne responsable du service de garde, infirmière scolaire, etc.), des rencontres individuelles plus informelles, etc.
Les questions à soulever lors de cette rencontre sont multiples : prévention, entreposage des auto-injecteurs, récompenses alimentaires, activités spéciales, mesures d'urgence, etc.
Dans un second texte intitulé Rentrée scolaire : poser les bonnes questions, vous trouverez un aide-mémoire assez complet à ce sujet.
Notez que certaines mesures visant au premier chef à réduire les risques de réactions allergiques sont avantageuses pour l’ensemble des élèves voire du personnel scolaire. Ainsi, le lavage fréquent des mains et de la bouche peut enrayer la prolifération de certaines maladies virales. D’autre part, en limitant la consommation de sucreries et de gâteaux en classe, on contribue à protéger les dents des petits contre la carie. Sans compter que les cas de diabète et d’obésité chez les enfants nord-américains (entre autres) sont dangereusement à la hausse!
Il est facile de céder à la colère lorsqu'on est stressé. Mais ce n'est pas la meilleure façon d'obtenir la collaboration de l'interlocuteur!
Dans la mesure du possible, demeurez calme lors de vos discussions avec les membres du personnel (enseignant et non enseignant) de l’école. N’oubliez pas que la gestion des allergies alimentaires des élèves s’ajoute aux nombreux défis que ceux-ci doivent relever quotidiennement. Et surtout, n’hésitez pas à manifester votre gratitude au cours de l’année scolaire si les circonstances le justifient.
Par contre, n’acceptez jamais de signer un formulaire exonérant l’école de toute responsabilité si l’adrénaline n’est pas administrée.
Et n’oubliez pas de les remplacer avant la date d’expiration!
Vous pourriez, par exemple, vous proposer comme bénévole pour accompagner les enfants lors d’une sortie, suggérer de remplacer vous-même les cartons de lait utilisés en classe pour faire du bricolage par des boîtes de jus, etc.
Peut-être envisagez-vous de faire une présentation sur les allergies de votre enfant lors de la première assemblée des parents. Vous pensez peut-être même vous rendre en classe pour en discuter avec les autres élèves et obtenir leur collaboration afin que l’environnement de votre petit soit le plus sûr possible.
Certaines écoles permettent ce type d’interventions et je suis la première à comprendre les motivations des parents qui prennent ce genre d’initiatives. À mon avis, cette façon de faire comporte cependant des inconvénients réels.
Selon mon expérience, le fait que le parent de l’enfant allergique s’adresse lui-même aux autres parents (pour leur demander, par exemple, de fournir des collations et des repas sans arachides ni noix) risque de susciter plus d’agressivité que si la politique est présentée par la direction (ou un autre représentant) de l’école. Il s’agit, en quelque sorte, de dépersonnaliser le problème. Certains parents, qui seront réticents à l’idée de faire des adaptations pour vous « rendre service », se soumettront de meilleure grâce à une politique institutionnelle.
En outre, il y a le problème, très concret, de la brutalité à l’école. En voulant protéger votre enfant vous pourriez en faire une cible facile pour le harcèlement. Mary Lewis Allen, coordonnatrice régionale (Québec) de l’Association d'information sur l'allergie et l'asthme (AIAA) a rédigé un excellent texte sur la question dans lequel elle mentionne ce qui suit :
À l'occasion, lorsqu'un parent fait grand cas de l'allergie de son enfant, celui-ci peut se faire harceler surtout s'il semble apeuré ou si les allergies sont perçues comme bizarres. Bien qu'il soit compréhensible que les parents veuillent et aient besoin de réclamer que l'environnement scolaire soit adapté aux besoins de leur enfant, cela peut parfois engendrer des problèmes pour leur enfant s'ils exagèrent; la ligne est souvent mince entre rendre l'environnement d'un enfant sécuritaire et le transformer en cible pour le harcèlement.
Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas de faire des allergies de votre enfant un sujet tabou mais bien de ne pas insister plus que nécessaire sur sa différence.
C’est absolument, absolument essentiel! Peu importe les dispositions prises avec les intervenants scolaires, les dérapages sont inévitables (un membre du personnel qui offre un berlingot de lait de vache à un enfant qui y est allergique par exemple). D’où la nécessité que votre enfant puisse identifier les aliments auquel il est allergique de même que les conséquences possibles d’une réaction (il faut toutefois éviter de dramatiser la situation) et qu’il sache comment se protéger et agir en cas d’urgence.
Votre enfant sera appelé, au fil des années, à assumer une part de responsabilité de plus en plus grande afin d’assurer sa propre sécurité. Préparez-le lentement et progressivement à se prendre en charge. Attention toutefois de ne pas en faire trop! Il ne s’agit surtout pas d’écraser le jeune enfant en lui imposant un fardeau trop lourd pour lui.
Dans un troisième texte sur l'école publié en 2004 (Rentrée scolaire, prise deux), j'ai fait un bilan de la première année de fréquentation scolaire de mon fils en mentionnant quelques-unes des leçons que j'en ai tirées, notamment l'importance de développer une bonne carapace...
Bonne rentrée!
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: 2004-2008
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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