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Arachide : la suite

Dr Ann Clarke, allergologue, chercheuse et professeure au Centre universitaire de santé McGill mène depuis huit ans des études visant à fournir des statistiques fiables sur la prévalence de l’allergie à l’arachide et à d’autres aliments. Elle a fort aimablement accepté de répondre à quelques-unes de mes questions.

Dans cette deuxième partie de l’entrevue accordée par Dr Clarke (la première partie est publiée sur cette page), il est notamment question d'une nouvelle enquête nationale sur les allergies alimentaires, de l'étiquetage des allergènes, de l'interdiction des arachides dans les écoles et les services de garde et des perspectives d'avenir pour les patients allergiques.

Une nouvelle étude nationale

Arachide.jpgQ. Le réseau AllerGen, en partenariat avec Santé Canada, a annoncé en juillet dernier qu’une étude nationale sur la prévalence des allergies alimentaires au Canada allait être effectuée et que vous en serez l’une des principales responsables. Si j’ai bien compris, vous ne vous pencherez plus exclusivement sur l’allergie à l’arachide dans le cadre de cette nouvelle étude?

R. C’est exact. L’étude portera sur les arachides, les noix, les poissons, les crustacés et les graines de sésame.

Nous avons établi au hasard une liste de numéros de téléphone et nous appelons les gens un peu partout au Canada pour leur demander si leurs enfants ou eux-mêmes ont consommé les aliments ciblés par l’étude et s’ils ont eu une réaction allergique après l’avoir fait. S’ils répondent par l’affirmative, nous leur demandons s’ils ont consulté un médecin et s’ils ont passé des tests d’allergie. Si c’est le cas, nous sollicitons l’autorisation d’avoir accès aux résultats de ces tests.

Q. Pourquoi ne pas inclure les produits laitiers, les œufs, le blé ou le soya dans votre enquête?

R. C’est vrai qu’il s’agit également d’allergènes très importants. Cependant, nous ne disposons pas des fonds suffisants pour les inclure dans notre étude.

Q. Votre premier objectif est donc d’obtenir des statistiques plus fiables sur la prévalence des allergies aux cinq aliments ciblés. En avez-vous d’autres?

R. Oui. L’étude se divise en trois parties. Je suis responsable de la première partie de l’étude (celle qui a trait à la prévalence des allergies) ainsi que de la deuxième partie qui porte sur l’attitude du public à l’égard de l’étiquetage des allergènes alimentaires. Nous nous intéressons plus spécifiquement à l’attitude des gens face aux diverses mises en garde utilisées par les fabricants. Nous soumettons aux répondants une série de mises en garde (par exemple : « peut contenir des arachides », « peut contenir des traces d’arachides » et « fabriqué dans une usine où sont traitées des arachides ») et leur demandons s’ils achèteraient un produit dont l’étiquette comporte pareilles mises en garde pour préparer le repas d’une personne allergique à l’aliment en question.

Ma collègue, Dr Susan Elliott de l’Université McMaster est responsable de la troisième partie de l’étude. Celle-ci porte sur la perception qu’ont les membres du public des risques associés aux allergies alimentaires comparé à d’autres risques pouvant affecter leur santé (comme, par exemple, les risques liés au tabagisme, aux organismes génétiquement modifiés et au réchauffement de la planète).

Q. Quand cette enquête nationale sera-t-elle complétée?

R. Nous espérons avoir terminé d’ici la fin du mois de décembre 2008.

Q. Nous allons suivre cela avec beaucoup d’intérêt!

L’étiquetage des allergènes

Q. Santé Canada a annoncé il y a quelques mois son intention de modifier le Règlement sur les aliments et drogues afin d’imposer de nouvelles exigences aux fabricants et aux importateurs en ce qui a trait à l'étiquetage des allergènes alimentaires. Jugez-vous ces modifications satisfaisantes?

R. Je crois qu’il s’agit d’un progrès significatif. Cela dit, il y a encore du travail à faire.

Ainsi, les modifications proposées ne traitent pas des mises en garde. Les fabricants utilisent toutes sortes de formulations pour mettre en garde le consommateur allergique et ceci entraîne beaucoup de confusion.

On ne trouve rien non plus sur les produits que les fabricants prétendent être « sans allergènes ». Ces allégations sont-elles vraiment fondées? À l’heure actuelle, rien ne permet de s’en assurer.

Santé Canada sait qu’il y a encore du travail à faire à cet égard et c’est pourquoi le Ministère subventionne l’étude nationale dont je suis l’une des responsables.

Q. Votre étude pourrait donc mener à de nouvelles modifications à la réglementation sur l’étiquetage?

R. Effectivement.

Interdire, éduquer et sensibiliser

Q. Que pensez-vous de la politique visant à bannir les arachides et les noix qu’ont adoptée la plupart des services de garde et des écoles primaires au Québec? S’agit-il d’une politique valable à votre avis? Pensez-vous que l’interdiction devrait être étendue à d’autres allergènes?

R. Mon seul commentaire à ce propos, c’est que rien ne peut remplacer l’éducation. Il est primordial d’éduquer les familles touchées, les autres écoliers, les enseignantes et l’ensemble du personnel des écoles et des services de garde. Rien ne peut remplacer l’éducation.

Q. Pensez-vous qu’une campagne de sensibilisation pour mieux faire connaître les allergies alimentaires au grand public serait utile?

R. Absolument! Tout ce qui permettrait d’éduquer le public serait très utile.

Q. À votre avis, il y a encore des lacunes dans la façon dont le public perçoit les allergies alimentaires?

R. Je crois que les choses se sont grandement améliorées. Mais il y a encore de l’éducation à faire. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute!

Nouveaux traitements?

Q. Quelles sont les perspectives d’avenir pour les personnes allergiques à l’arachide ou à d’autres aliments? Y a-t-il des développements récents à cet égard?

R. Pas vraiment. La recherche se poursuit sur plusieurs fronts mais aucun traitement n’a encore été approuvé pour les personnes aux prises avec des allergies alimentaires. Et il n’y a rien de nouveau non plus en ce qui a trait à la prévention de ce type d’allergies.


Pour lire la première partie de cette entrevue, cliquez ici.


Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: décembre 2008


À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.


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