Depuis quelques années, on vante sur toutes les tribunes les vertus des oméga-3. L’industrie alimentaire a succombé à cette nouvelle tendance avec enthousiasme et les produits enrichis d’huile de poisson se multiplient, au grand dam de ceux et celles qui sont allergiques à cet aliment. Certains fabricants soutiennent cependant que les inquiétudes des personnes allergiques ne sont pas fondées. Doit-on les croire?
En février 2009, le groupe Bergeron-Thibault, fabricant de la margarine Nuvel oméga-3, a envoyé une lettre à plusieurs consommateurs aux prises avec une allergie au poisson qui s’inquiétaient de l’ajout d’huile de poisson dans ce produit.
J’ai moi-même reçu cette lettre qui se voulait rassurante. On pouvait notamment y lire ce qui suit :
Selon les tests conduits par des laboratoires reconnus, la quantité de protéine contenue dans l’huile de poisson de cette margarine est inférieure à 0,15 partie par million alors que le seuil de réactions allergiques ou d’intolérance est de 10 parties par million. Donc, les experts affirment que, pour une si faible quantité, il n’y a pas de risque qu’une réaction allergique ou une intolérance se manifeste.
Si l’on en croit le fabricant, la concentration de protéines de poisson dans cette margarine serait donc inférieure au seuil minimal à partir duquel il peut y avoir réaction allergique. C’est dire que même une personne gravement allergique au poisson pourrait consommer sans problème ce produit.
Ces affirmations sont à première vue étonnantes. Elles m’ont d’autant plus surprise qu’on m’a déjà rapporté le cas d’une personne allergique au poisson qui a réagi après avoir consommé un yogourt qui contenait de l’huile de poisson.
J’ai donc décidé de creuser le dossier en communiquant avec le Bureau d’innocuité des produits chimiques de Santé Canada. Trois experts du Bureau ont fort aimablement accepté de répondre à mes questions sur le sujet au cours d’une conférence téléphonique éclairante.
Santé Canada, m’ont-ils affirmé, ne peut cautionner les affirmations reproduites plus haut. Il n’existe, en effet, aucun seuil minimal reconnu dans le cas du poisson. Le seuil de 10 parties par million mentionné dans la lettre correspond au seuil réglementaire dans le cas des sulfites. On ne peut l’appliquer au poisson. Il est vrai que la quantité de protéines de poisson dans une margarine contenant 2% d’huile de poisson est très faible. Toutefois, il est tout aussi vrai que certaines personnes très allergiques peuvent réagir à de toutes petites quantités de l’allergène.
Conclusion : on ne peut garantir que cette margarine soit sans danger pour l'ensemble des personnes allergiques au poisson.
J’ai écrit ailleurs sur ce site à quel point j’appréciais le fait que le fabricant de la margarine Nuvel ait décidé de remettre sur le marché une margarine sans huile de poisson, suite aux appels pressants de consommateurs allergiques en ce sens. Je n’ai pas changé d’avis et tiens à souligner de nouveau la remarquable capacité d’écoute du groupe Bergeron-Thibault.
Cela dit, certaines affirmations faites dans la lettre que le fabricant a transmise à plusieurs consommateurs allergiques risquent d’induire un faux sentiment de sécurité chez ces derniers. Il est primordial, à mon avis, de rectifier le tir et de leur donner l’heure juste.
Il va de soi que j’ai avisé le groupe Bergeron-Thibault du résultat de mes démarches.
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: mars 2009
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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