Au cœur d'un débat apparemment sans fin, le vaccin A(H1N1) est source de nombreuses inquiétudes. Ceux et celles qui souffrent d'allergies alimentaires ont un motif additionnel de s'inquiéter : le vaccin pourrait-il être responsable de réactions allergiques graves?
La campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1) a débuté cette semaine au Québec, comme un peu partout à travers le monde.
Chez nous, les travailleurs de la santé sont les premiers à recevoir le vaccin. Suivront les groupes jugés vulnérables : femmes enceintes, enfants de 6 mois à 4 ans, proches des enfants de 0 à 5 mois, etc. Les personnes de plus de 17 ans qui n’ont pas de problèmes de santé chroniques seront les derniers à être vaccinés (à compter du 30 novembre).
On le sait, ce vaccin a provoqué (et continue de provoquer) une vive controverse. En dépit des propos rassurants des autorités médicales et politiques, plusieurs s’inquiètent des effets secondaires du vaccin et s’interrogent sur son efficacité. On se demande également si la grippe A(H1N1) constitue une menace suffisamment grave pour justifier un tel branle-bas. Le risque n’aurait-il pas été lourdement exagéré?
Les personnes qui souffrent d’allergies alimentaires de même que leurs proches ont des sujets d’inquiétude additionnels. Le vaccin peut-il provoquer une réaction allergique? Si oui, la réaction pourrait-elle être sérieuse? Comment mettre en balance ce risque et celui que pose le virus?
Au cours des derniers jours, j’ai multiplié les démarches pour obtenir des réponses satisfaisantes à ces trois questions. Voici, en quelques mots, les résultats de mes recherches.
Tout comme le vaccin contre la grippe saisonnière, le vaccin contre la grippe A(H1N1) administré au Canada est cultivé sur des œufs de poule fécondés.
Dans le feuillet de renseignements sur le vaccin préparé par GlaxoSmithKline Inc. (GSK), promoteur du vaccin pour le Canada, on déconseille purement et simplement la vaccination aux personnes ayant déjà présenté une réaction allergique menaçant la vie à des protéines d'œufs (œuf ou produits d'œufs) ou à des protéines de poulet.
La Société française d’allergologie (SFA) reconnaît le risque. Elle estime néanmoins que, dans la grande majorité des cas, les traces de protéines d’œuf contenues dans le vaccin ne sont pas suffisantes pour provoquer des réaction anaphylactiques chez les personnes allergiques à l’œuf, sauf dans les cas d’allergie très sévère. Elle recommande donc, en cas d’allergie à l’œuf avérée, de prendre « des précautions particulières » et de faire pratiquer la vaccination en milieu hospitalier.
L’Association québécoise des allergies alimentaires (AQAA) fait preuve d’une plus grande prudence. Dans un récent message à ses membres, l’AQAA affirme que le vaccin est contre-indiqué pour les personnes allergiques à l’œuf (enfants et adultes). Elle ajoute que le ministère de la Santé et des Services sociaux met actuellement au point un protocole pour permettre à ces personnes de se faire tout de même vacciner sous surveillance médicale dans l’un des centres hospitaliers universitaires de la province. Le protocole en question devrait être prêt d'ici la fin du mois de novembre.
À l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, on n’a pas attendu le protocole du ministère pour débuter la vaccination des jeunes patients allergiques à l’œuf. Une clinique spéciale de vaccination a été mise sur pied et débutera ses activités dès la semaine du 2 novembre. On n'effectuera pas de test cutané avant la vaccination pour déterminer les risques de réaction allergique. L’une des infirmières en charge de la clinique de vaccination m’a en effet expliqué que le test cutané n’est pas fiable, le vaccin étant très irritant pour la peau (ce qui multiplie les faux « positif »).
Le vaccin contre la grippe A(H1N1) utilisé au Canada contient un adjuvant. Cet additif, qui a pour effet de stimuler la réaction immunitaire induite par le vaccin, est fait à base de squalène (huile de foie de requin).
Selon l’AQAA, il n’y a néanmoins aucune contre-indication dans le cas des personnes allergiques au poisson. Même son de cloche du côté de la clinique d’allergie de l’Hôpital Sainte-Justine.
Le promoteur du vaccin, de son côté, se montre un peu plus circonspect. Une représentante de GSK avec qui je me suis entretenue au téléphone m’a mentionné que l’huile de poisson utilisée avait été purifiée (« highly purified », selon ses propres termes). Le vaccin ne devrait donc pas poser de problème aux personnes allergiques au poisson. Toutefois, aucune garantie n’est donnée en cas d’allergie sévère. La représentante de GSK recommande par conséquent aux personnes allergiques au poisson qui désirent être vaccinées de le faire sous surveillance médicale.
À l’heure actuelle, aucune donnée scientifique ne laisse croire que les personnes qui souffrent d’asthme sont plus à risque de contracter le virus de la grippe A(H1N1). Par contre, celles-ci sont plus susceptibles de développer des complications graves en cas de grippe. La vaccination pourrait donc être particulièrement appropriée pour les personnes asthmatiques
Il y a quelques jours, mon amoureux et moi en étions venus à la conclusion qu’il était trop risqué de faire vacciner notre fils (allergique à l’œuf, au poulet et au poisson) contre la grippe A(H1N1). Notre petit bonhomme n’a d’ailleurs jamais été vacciné contre la grippe saisonnière. Nous avions décidé de recevoir nous-mêmes le vaccin pour réduire les risques d’attraper la grippe et de la transmettre à notre fils. Nous envisagions également les précautions habituelles : lavage méticuleux des mains plusieurs fois par jour, éviter le contact avec des personnes malades, etc.
Et puis, au fur et à mesure que je creusais le dossier, notre réflexion sur le sujet a évolué et les mesures que nous pensions prendre nous sont apparues insuffisantes.
La grippe A(H1N1) ne cause apparemment pas plus de décès que la grippe saisonnière. Toutefois, ses victimes ne sont pas les mêmes. La grippe saisonnière tue le plus souvent des gens âgés et déjà malades. Par contre, plusieurs des victimes de la grippe A(H1N1) sont des gens jeunes (y compris des enfants et des adolescents), qui étaient, avant de contracter le virus, en pleine santé.
De plus, mon fils est asthmatique, ce qui est en soi un facteur aggravant s’il attrape la grippe. Et puis, son allergologue, en qui j’ai une grande confiance, recommande qu’il reçoive le vaccin.
Nous nous rendrons donc à la clinique de vaccination de l’Hôpital Sainte-Justine dans quelques jours, en priant pour que la décision de faire vacciner notre fils soit la bonne.
On entend parfois dire que se faire vacciner est une affaire de conscience sociale. Je crois, pour ma part, que la décision de recevoir un vaccin ou non est hautement personnelle. Surtout lorsqu’on souffre d’allergies et qu’il y a des risques qu’on réagisse au vaccin.
Je n’ai aucunement l’intention de vous convaincre que notre solution est la bonne. Je vous encourage au contraire à discuter de la question avec votre allergologue et à peser sérieusement le pour et le contre. Et si, étant allergique à l’une des substances présentes dans le vaccin, vous décidez malgré tout de recevoir celui-ci, organisez-vous pour que cela soit fait sous supervision médicale, dans l’un des centres prévus à cette fin.
Je suis intéressée par vos commentaires et par tout élément d’information additionnel que vous possédez sur le sujet. Je vous invite en outre à participer au sondage qui se trouve sur la page d’accueil du site (« Avez-vous l’intention de vous faire vacciner et de faire vacciner vos enfants contre la grippe A(H1N1)? »). Le sondage n'a, bien sûr, rien de scientifique mais je suis curieuse d'en connaître les résultats.
Auteure: Marie-Josée Bettez
Date: octobre 2009
À propos de l'auteure :
Marie-Josée Bettez est avocate, entrepreneure et mère d'un enfant allergique à de multiples aliments. Elle a signé deux ouvrages sur les allergies alimentaires et donne régulièrement des ateliers et conférences sur le sujet en plus de s'impliquer auprès de diverses organisations oeuvrant dans ce domaine.
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