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Se prendre à rêver…

Le parcours de plusieurs parents d'enfants allergiques est pavé de grosses et petites déceptions. Doit-on pour autant cesser de rêver? La réflexion de Nathalie Bureau, organisatrice professionnelle et mère de deux enfants ayant de multiples allergies alimentaires.

Enfant-volant-265x180.jpgÀ chaque année, c’est immanquable. À l’approche des tests d’allergies de mes enfants, je me prends à rêver.

Je rêve que nous nous arrêtons au bar laitier un chaud dimanche après-midi de juillet pour y déguster une coupe glacée arrosée d’une tonne de sirop au chocolat ou au caramel. Je rêve d’une journée merveilleuse au parc d’amusement sans avoir eu besoin de faire les sandwiches la veille. Je rêve d’accepter une invitation impromptue à souper chez des amis sans avoir à m’inquiéter de ce qui sera servi aux enfants. Je rêve de mettre une pizza congelée au four en guise de souper à la fin d’une dure journée de travail. Je rêve, je rêve…

Puis, les tests arrivent et les enfants se font égratigner les bras et parfois même prendre des prises de sang. Quelques larmes coulent. Ça crève mon cœur de mère mais il faut bien le faire! Ensuite, ils redécouvrent les jouets de la salle d’attente de l’allergologue. Parfois, de nouveaux se sont ajoutés. Et, les plaques rouges apparaissent et grossissent et démangent aussi.

On revoit l’infirmière et ensuite l’allergologue pour se faire dire que rien n’a bougé. Parfois, quand on est chanceux (et on parle ici de pure chance !), on réussit à en perdre une. Parfois, on échange : on en perd une mais on en « gagne » une autre. Parfois, comme pour se moquer de tout cela, il y a des échanges dans la fratrie. Le frère a perdu son allergie au sésame mais sa sœur l’a développée. Bref, exit le sésame pour une autre année… On reprend des prescriptions de Benadryl et d’épinéphrine, on pense à faire renouveler celle pour les pompes à asthme aussi. On prend notre sourire de mère courageuse et on convainc nos enfants (à défaut de l’être nous-mêmes) que ce n’est pas bien grave parce que, de toute façon, on y est habitué depuis des années. Et on rêve encore, mais beaucoup moins. On continue le rythme d’avant les tests jusqu’à ce qu’on ne rêve plus (alimentairement parlant, on s’entend).

Après quelques répétitions de ce scénario de déceptions, je pense bien qu’on apprend. Du moins, personnellement, j’ai appris.

J’ai appris à rêver moins grand à l’approche des tests de façon à être moins déçue.

J’ai appris à m’entourer de gens qui respectent nos différences familiales dues aux allergies et qui ne nous prennent pas en pitié car j’ai réalisé avec le temps que, de me faire prendre régulièrement en pitié en venait à miner mon propre moral. Si je vous disais qu’il y a même des mères qui, lorsqu’elles invitent mes enfants aux anniversaires de leurs propres enfants, utilisent nos recettes de gâteaux, glaçage, carrés au riz, etc.? Elles achètent des croustilles, des bonbons et des sorbets qui conviennent à nos enfants. Les autres petits invités n’y voient que du feu et nos enfants sont en sécurité!

J’ai aussi appris à être moins exigeante envers moi-même. Si je suis fatiguée, je ne mets qu’une sorte de légumes dans l’assiette de mes jeunes (et parfois, aucun!) et je les invite à manger plus de fruits au dessert. Avant, lors d’un tel repas, je me serais considérée comme une mauvaise mère. Maintenant, je me considère comme une mère normale.

J’ai appris également à respecter davantage mes propres goûts. Quand j’ai envie de la nourriture « d’avant », je vais souper au restaurant avec mon mari. Nous avons la chance d’avoir la même gardienne depuis presque sept ans. Je prépare donc le souper mais c’est elle qui fait manger les enfants. Avant, il fallait les faire souper à 16h30 et nous rendre au restaurant pour 18h00 (ce qui est tout de même une bonne solution si on est mal pris). Ces sorties en couple sont beaucoup plus régulières car j’ai appris à ne plus me sentir indispensable pour nourrir mes enfants et à déléguer davantage à notre gardienne.

J’ai appris à ne plus refouler ma frustration à cause des allergies. Quand mon fils manque une superbe sortie organisée par l’école parce que c’est supposément le seul jour où il peut se faire vacciner à l’hôpital pour la H1N1 et qu’il a énormément de peine, je verse quelques larmes avec lui.

Finalement, à voir grandir et évoluer mes enfants, j’ai appris que, si toutefois ils gardent leurs allergies, ils feront et deviendront ce qu’ils veulent dans la vie car leurs allergies leur ont appris à être responsables, tenaces, curieux, débrouillards, inventifs, tolérants et respectueux des différences. Je crois que c’est là un excellent cocktail pour les aider à devenir de bons adultes.

J’aime me prendre à rêver que leurs allergies ne les limiteront aucunement dans la poursuite de leurs propres rêves (et ce rêve-là, rien ni personne ne me l’enlèvera).


Auteure: Nathalie Bureau
Date: avril 2010


À propos de l'auteure :
Nathalie Bureau est organisatrice professionnelle, auteure du livre L'art de l'organisation, conférencière et maman de deux enfants ayant de multiples allergies. Vous pouvez la contacter par courriel ou visiter son site Web www.lartdelorganisation.com.


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